Sara El Karii, développeuse full stack : « L’égalité se joue d’abord sur les compétences »
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, nous avons choisi de donner la parole à une femme qui fait mentir certains clichés. Une femme pour qui la tech n’a jamais été un « territoire interdit », mais un espace d’expression, d’exigence et de liberté professionnelle. Sara El Karii, développeuse full stack senior, incarne une vision très concrète, et parfois à contre-courant, de l’égalité femmes-hommes au travail.
Une vocation assumée, sans compromis
Chez Sara, le choix de la tech ne s’est jamais posé comme une question de genre. Très tôt, elle sait ce qu’elle veut faire.
Depuis mes 14 ans, je voulais faire du développement, raconte-t-elle.
Bonne élève en mathématiques et en logique, elle s’oriente naturellement vers une école d’ingénierie, l’École Nationale des Sciences Appliquées de Safi. Un environnement où, contrairement à certaines idées reçues, la présence des femmes ne pose pas débat.
Après ses études, elle débute sa carrière à Casablanca, dans une start-up du secteur bancaire, puis poursuit dans une grande assurance marocaine. Elle y découvre différentes facettes du métier : développement, gestion de projet, relation avec les équipes et les clients.
À un moment clé de son parcours, elle fait un choix fort – et très révélateur de son rapport au travail : revenir au code.
La gestion de projet m’a beaucoup appris, mais ce qui me passionnait vraiment, c’était le développement, explique-t-elle.
Un choix assumé, guidé non par des injonctions extérieures, mais par l’envie de rester alignée avec ce qui la motive profondément.
Femme dans la tech : quand la compétence prime sur le genre
La tech reste aujourd’hui un secteur majoritairement masculin, notamment au Maroc où les femmes représentent environ 15 à 20 % des effectifs techniques.
Dans son parcours, elle n’a jamais eu le sentiment de devoir « prouver plus » parce qu’elle était une femme.
Je n’ai jamais eu de remarques sexistes, ni de difficultés liées au fait d’être une femme, affirme-t-elle.
Pour elle, les règles du jeu ont toujours été claires :
L’essentiel, ce sont les compétences, l’adaptation et la capacité à faire le travail.
Une réalité qui ne gomme pas pour autant certains déséquilibres. Dans les équipes techniques, notamment côté développement, les femmes restent moins nombreuses.
Dans mon équipe actuelle, je suis la seule femme côté développement, précise-t-elle.
Mais là encore, le sujet n’est pas vécu comme un frein. Ni dans les relations avec ses collègues, ni dans les échanges avec les clients.
J’ai toujours eu de très bonnes relations avec les clients et des retours positifs sur mon travail, souligne-t-elle.
Un rappel important : l’égalité professionnelle passe aussi par la confiance accordée aux femmes dans leurs rôles techniques, visibles et exposés.
Construire sa légitimité par le travail
Lorsqu’on l’interroge sur les obstacles rencontrés ou les personnes qui l’auraient aidée à les surmonter, Sara évoque avant tout une dynamique personnelle.
La confiance se construit par la pratique. En faisant, en codant, résume-t-elle.
Les figures de référence étaient majoritairement masculines, reflet d’un secteur où les modèles féminins restent encore trop peu visibles. Une exception cependant : une enseignante en école d’ingénierie.
C’était la seule professeure femme. Elle nous a enseigné l’algorithmique, se souvient-elle.
Un détail en apparence, mais qui souligne l’importance de la représentation : voir des femmes enseigner, coder, transmettre, contribue aussi à normaliser leur place dans la tech.
Un message simple et puissant pour les femmes
À celles qui hésitent encore à se lancer dans la tech, Sara adresse un message sans détour.
Il faut juste oser et commencer, affirme-t-elle.
La tech demande de la curiosité, de la persévérance et une capacité à apprendre en continu.
La tech évolue tout le temps. Il faut toujours apprendre, et ça ne s’arrête jamais.
Mais elle insiste aussi sur un point clé de l’égalité professionnelle : l’accès au savoir.
Aujourd’hui, tout est accessible à tous et toutes : formations, tutoriels, documentation. Il faut de la patience, de la curiosité, et se lancer.
L’égalité professionnelle, un enjeu collectif
En conclusion, Sara rappelle que l’égalité femmes-hommes ne se joue pas uniquement à l’échelle individuelle.
Il y a de la place pour tout le monde, pour les femmes comme pour les hommes, affirme-t-elle.
Pour elle, la diversité n’est pas un concept abstrait, mais un véritable levier de performance.
Avoir plusieurs angles de vue dans une équipe est essentiel.
À l’occasion de cette Journée internationale des droits des femmes, son témoignage met en lumière une réalité encourageante : lorsque les compétences sont reconnues, que les parcours sont respectés et que la confiance est au rendez-vous, l’égalité professionnelle cesse d’être un combat individuel pour devenir une dynamique collective.
Un message fort, incarné par une femme de la tech qui avance avec assurance, lucidité et conviction.