DrupalCon Rotterdam 2026 : Canvas, IA et une réputation à reconquérir
8 oct. 2026
Du 28 septembre au 1er octobre 2026, la DrupalCon Europe a réuni à Rotterdam la communauté Drupal autour de deux sujets : l'IA et Drupal Canvas. Benjamin Garcia et moi y avons assisté à deux jours de conférences, et voici ce que nous en retenons.
La Driesnote : Drupal a une longueur d'avance sur sa réputation
Le message de la Driesnote, tenue le 29 septembre par Dries Buytaert, fondateur de Drupal, tenait en une idée : Drupal mérite mieux que l'image qu'on s'en fait. Cette mauvaise réputation date d'une époque révolue, alors que le produit a beaucoup évolué : performances nettement meilleures, Canvas, Drupal CMS. Dries a même noté que l'IA tend à amplifier ce décalage, sans raison.
Il a ouvert son intervention sur la ville d'accueil. Rotterdam, reconstruite après la guerre, n'a pas refait le passé : elle s'est tournée vers l'avenir et est devenue le premier port d'Europe. Drupal peut faire de même.
Pour combler cet écart, que Dries présente comme le premier défi du projet, l'Association Drupal lance un programme « Advocacy ». Il récompense par des crédits de contribution les actions qui font découvrir et comprendre Drupal, en privilégiant celles qui sortent du cercle des convaincus : une présentation donnée lors d'un événement non-Drupal compte plus qu'une présentation donnée lors d'un événement Drupal. Les contributions sont à déposer sur drupal.org/advocacy.
Côté technique, la keynote a aussi montré une démo où un agent IA interroge un site Drupal via des outils MCP, avec le support de MCP exposé par de simples attributs PHP.
Drupal 11.4 et Drupal CMS : plus rapide, plus accessible
Drupal 11.4 est nettement plus performant. Une conférence a détaillé comment l'équipe y est parvenue : en s'appuyant sur les Fibers de PHP et en analysant finement, pour chaque changement, les requêtes supplémentaires et le temps de réponse qu'il entraîne.
Drupal CMS porte un nom étrange, puisque Drupal est déjà un CMS. Il s'agit d'une version pensée pour les débutants et les besoins simples : installation simplifiée, modules préinstallés, le tout prêt à l'emploi à la manière d'un WordPress, sans perdre la puissance de Drupal quand le projet se complexifie. Autre effet : le core peut devenir davantage un framework qu'un produit, et plusieurs modules vont quitter le core.
Canvas : un page builder qui a mûri
Canvas, le nouveau page builder de Drupal, gère désormais le multilingue. C'est une interface JavaScript qui permet de placer des composants sur une page et de voir les changements en temps réel. On compose des pages très vite, puis on les transforme en templates réutilisables. Les composants de code JavaScript et le mode headless (avec Next.js ou Astro) élargissent encore les possibilités pour les développeurs front.
La démo, qui partait de rien pour aboutir à un site complet de gestion de films, était impressionnante. Une autre démo couplait Canvas à un module de chat IA : sur chaque partie de la page, on demandait à l'IA ce qu'on voulait changer, et le résultat apparaissait aussitôt.
Quelques réserves toutefois pour un usage en agence :
- il faudra bien encadrer ce qu'un client est autorisé à modifier ;
- Canvas suppose un thème au format SDC, ce que nous n'avons sur aucun projet actuellement ;
- il n'est pas non plus adapté à des environnements multiples (staging, production).
De l'API Ajax à HTMX : des interactions plus simples
La conférence « From Ajax API to HTMX: Evolving Drupal Interactions », animée par Ruturaj Chaubey, Vighnesh Sadagopal et Vidit Vijaykumar Anjaria (QED42), comparait deux façons de gérer les interactions dynamiques.
L'API Ajax de Drupal demande de créer un handler, se révèle pénible à maintenir et se prête mal aux tests automatisés. HTMX fait mieux : un seul fichier, facile à appeler et testable. Il suffit d'attributs HTML pour cibler des blocs de la page et activer les fonctions voulues. Les intervenants annoncent un temps de réponse divisé par trois.
HTMX convient surtout aux cas simples, comme le chargement de listes ou l'autocomplétion. Bonne nouvelle : il est déjà présent dans le core depuis Drupal 11.3.
L'IA sur toutes les lèvres
Migrer en jours plutôt qu'en mois. Une conférence a montré une migration Drupal 7 vers Drupal 11 réalisée avec l'IA en quelques jours au lieu de quelques mois, contenus compris. Il y a quelques années, on aurait tout supprimé pour repartir de zéro.
Du clean code, aussi pour l'IA. Très bonne session sur l'écriture de code propre avec l'IA : le clean code reste indispensable aux humains, mais aussi à long terme, pour éviter hallucinations et dérives qui rendent le code difficile à maintenir.
Des KPI qui ne mentent pas. L'une de mes conférences préférées portait sur les KPI à l'heure de l'IA. Tous les indicateurs sont au vert, et pourtant les clients sont mécontents : c'est la loi de Goodhart. Le système s'adapte pour améliorer les KPI, pas pour améliorer réellement le code. La parade : associer à chaque KPI une valeur objective, ancrée dans le réel, pour comprendre ce qui se passe vraiment.
Deux retours d'expérience concrets
Mars : rationaliser grâce à l'IA. Le mercredi matin, un responsable de Mars (les confiseries) a raconté comment le RGPD lui a fait comprendre qu'entretenir autant de sites différents était une erreur. Il a tout rationalisé, sous Drupal, avec un système de création et de déploiement assisté par l'IA pour chaque site du groupe.
Union for International Cancer Control : l'IA à sa juste place. Au lieu d'un énième chat IA, l'organisation a laissé ce rôle à des humains et a utilisé l'IA pour trier les formulaires de témoignages du World Cancer Day. Résultat : le volume de témoignages traités en dix jours en 2025 (600) l'a été en un seul jour en 2026.
Ce qu'on en retient
L'IA est partout, mais l'humain reste seul maître pour merger, vérifier et valider.
- Canvas est très puissant, mais reste à valider pour des clients qui travaillent avec des environnements de staging et de production.
- Les performances de Drupal progressent ; il reste utile de mettre en place des tests de performance automatiques.
- Les KPI : même quand ils affichent des résultats extraordinaires, il faut vérifier qu'ils traduisent un vrai bénéfice pour les clients, et pas seulement de meilleurs chiffres qui ne veulent plus rien dire.
Accessibilité : l'IA propose, l'humain tranche
La présentation « AI-Augmented Accessibility » de Mike Gifford, donnée à la DrupalCon le 30 septembre (diaporama), prolonge le même constat sur un terrain précis : l'accessibilité.
Son point de départ : les organisations échouent encore, année après année, à des tests automatisés de base. Les scans périodiques détectent les problèmes une fois le code non conforme déjà en production, alors qu'il faudrait agir sur le système plutôt que page par page.
L'orateur classe les sources de vérité par ordre d'autorité décroissant :
- l'expérience vécue des personnes en situation de handicap ;
- les audits manuels d'experts, appuyés sur les WCAG ;
- les scanners déterministes du DOM, comme axe-core ;
- l'automatisation synthétique de technologies d'assistance (Guidepup) ;
- les propositions probabilistes d'une IA, tout en bas.
L'IA génère souvent des descriptions d'images plus riches qu'un auteur non formé, mais elle ignore le contexte éditorial : elle ne sait pas quand une image est purement décorative (alt=""). Réussir les tests automatiques ne prouve pas non plus qu'un site est accessible.
Il propose donc un pipeline de correction en cinq étapes : scanner le site (Playwright et axe-core, plus un passage de lecteur d'écran simulé), contextualiser les violations avec les règles WCAG, générer des correctifs encadrés, revalider, puis faire relire les diffs et approuver la pull request par un expert humain.
À retenir pour nos projets : intégrer l'accessibilité dès la conception via le design system (« shift left »), s'appuyer sur les déclarations d'accessibilité comme boucle de retour, former les équipes et identifier des champions de l'accessibilité.
Coulisses
- La DrupalCon propose une certification Drupal 11 gratuite, à passer sur place pendant la conférence.
- La prochaine DrupalCon européenne aura lieu à Édimbourg, en Écosse, du 25 au 28 octobre 2027.
Sources
Les éléments de contexte sur la Driesnote (programme Advocacy, MCP, analogie avec Rotterdam) et les dates d'Édimbourg proviennent des pages suivantes :