vendredi 30 novembre 2018

Blog de l'UX Designer - Amandine Bargain :
De la contrainte naissent l’imagination et la créativité

« Parce que la forme est contraignante, l’idée jaillit plus intense ! » Charles Baudelaire

Le tout premier livre qui m’a donné envie de lire fut Le Petit Prince de Saint-Exupéry. La magie que je pouvais trouver dans ce conte s’apparentait à l’idée de l’imaginaire, de la magie de l’interprétation et à la créativité qui pouvait en naître.

Le dessin et la peinture

Dès le début du livre, l’aviateur avait beau essayer de dessiner au mieux un mouton pour le petit prince, rien n’y faisait, il n’y parvenait pas. C’est finalement à travers le dessin impatient d’une boite, que le Petit Prince voyait enfin “son mouton”. Comment pouvait-il, de par ce dessin si contrarié, si primaire et presque non figuratif, me pousser à imaginer moi aussi, de par cette simple boite, mille moutons différents !

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Source : geek-vintage.com 

De la contrainte naissait alors l’imaginaire.

Pendant la guerre de Cuba, les artistes se sont retrouvés sans la couleur rouge. Sans cette couleur, on peut remarquer qu’une grande partie de leurs œuvres ont essentiellement tourné autour du vert et du bleu.

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Source : www.monde-diplomatique.fr

Pour y palier, certains utilisaient de la farine de maïs et du mercurochrome. On a pu ainsi avoir cette fabuleuse affiche “Besos rabados” de René Azcuy Cardenas.

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Source : www.monde-diplomatique.fr

De la contrainte du budget naît l’œuvre.

La littérature

Georges Perec, est un fou, un fou dont l’imagination est débordante… Pour aller encore plus loin, il écrit en 1969 La Disparition. Il s’est donné comme objectif d’écrire un livre en français sans la lettre la plus répandue de notre langue : la lettre e.

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Source : youtube.com

La phrase connue de Proust “Longtemps je me suis couchée de bonne heure” est alors devenue “Durant un grand laps, tôt on m’alita”. Imaginez donc le défi extraordinaire que George Perec s’est fixé, chaque phrase prenant alors une autre dimension, et de nouvelles images pouvaient alors émerger.
De la contrainte des mots et des lettres naît l’imagination.

Prenons par exemple Harry Potter. La toute première scène qui décrit la rue, puis la maison et enfin la chambre sous l’escalier d’Harry Potter m’a donnée une idée folle de ce lieu et de cet enfant. J’imaginais aussi l’oncle et la tante horribles, ainsi que le cousin écœurant…

De la contrainte de la lecture est née mon imagination.

Au cinéma

Quelques mois plus tard, le film sort. Et là, j’ai eu comme une horrible sensation : on venait de me voler mon imagination. J’avais créé ce monde, je l’avais construit et pensé à ma façon, et j’en étais tellement satisfaite que le fait de le voir en images me frustrait et détruisait toute ma créativité, le tout avec l’énorme budget qu’a connu ce film : 125 000 000 $ !

Je me rendais alors compte qu’en lisant un simple livre, mon imagination était alors bien plus grandissante qu’en regardant un film. Non, cela ne pouvait pas en être ma conclusion. J’aime le cinéma. J’adore le cinéma.

Mais cette image venait de casser tout l’univers que je m’étais imaginé…

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Source : youtube.com

En réalité je n’aime pas le cinéma qui en donne trop. Voilà tout. Trop d’effet tue l’effet. Je reviens donc à mes classiques.

Prenons par exemple le chef d’œuvre de Mad Max qui révéla Mel Gibson. Pour ceux qui ne connaissent pas encore ce film réalisé en 1979, il a posé les bases de ce qui allait devenir une des trilogies les plus marquantes du cinéma d’anticipation. Présentant une société futuriste dirigée par la violence routière dans un désert ravagé par une guerre nucléaire, ce film accentue par des plans simples et ultras efficaces le sentiment post-apocalyptique. On peut se re
ndre compte qu’avec le plus petit budget du cinéma (350 000 $) est né un très grand film.

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Source : raremovieimages.com

Si on continue dans les références les plus rentables du cinéma, nous avons l’énorme succès du Projet Blair Witch, avec un coût de 60 000 $ seulement et une imagination ultra stressante pour le spectateur. Une expérience exceptionnelle et follement oppressante ! Moins j’en vois, plus j’imagine…
De la contrainte budgétaire naît l’œuvre.

Les artistes se sont longtemps donné des règles et des contraintes allant toujours de plus en plus loin dans leur précision et leur approche même sur le thème de la création.

La musique :

Dans un autre registre, prenons la musique avec Paganini et son violon à une corde. Dans le morceau de Moses Fantasy, il s’est donné la contrainte de disposer d’une seule corde de violon pour réaliser un chef d’œuvre ! Défi relevé avec succès, avec ce magnifique et majestueux morceau d’exception.

De la contrainte naît la créativité !

Il existe aujourd’hui différentes méthodes pour encourager la créativité. Celle de Luc de Brabandere reprend en quelque sorte cette idée de la disparition ; il s’agit de la méthode sans mot. Il faut décrire une activité en n’utilisant aucun mot relatif à cette activité. Il s’agit donc d’essayer de décrire l’activité d’une marque (par exemple un constructeur automobile) sans utiliser les termes « voiture » ou « moyen de transport ».

Il suffit alors de ne pas se dire “La voiture est un moyen de transport“ mais plutôt de se dire “La voiture est un exemple de …”. Et là, laisser son imagination créer la suite. Cela peut donner par exemple “La voiture est un exemple de rentabilité économique, ou de liberté, ou encore d’évasion.”

De liberté… n’était pas elle qui avait aussi poussé certains défis à aller plus loin encore ?

La logique :

Prenons l’exemple des 9 points. La consigne est : dessinez sur une feuille 9 points de cette façon :

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Reliez ces 9 points à l’aide de 4 lignes droites, sans jamais lever votre stylo.
La contrainte est forte et la solution se trouve à travers notre imagination. Cette imagination même, qui ne pourra trouver la réponse qu’en “se donnant un peu de liberté, en sortant du cadre”. En sortant du cadre ?!

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Mais alors de la liberté naîtrait donc la créativité ?

Auteure :  Amandine Bargain, Directrice de Création WAX Interactive, groupe SQLI

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